J’avais un chat

aquarelle de Denis Webb

aquarelle de Denis Webb

J’avais un chat qui pensait qu’il était humain. Vous ne me croyez pas, pourtant, au lieu de ronronner, il venait miauler sur des tonalités différentes me racontant manifestement sa journée quand je revenais du travail. Il exigeait sa gamelle sur la table et voulait manger comme moi et, ma foi, ma solitude aidant, je suivais ses caprices.

J’avais un chat qui savait me parler et qui prenait une voix douce et un regard inquiet quand je pleurais ou quand je ne me sentais pas bien.

J’avais un chat qui voulait à tout prix tout faire comme moi. Il montait sur le comptoir de la cuisine, non pas pour voler de la nourriture, jamais il n’y touchait, mais il me regardait éplucher le pommes de terre avec une attention marquée.

J’avais un chat qui croyait m’aider à faire le lit en se mettant sur le drap que j’essayais d’étirer proprement.

J’avais un chat qui croyait lire en se posant droit devant moi sur le journal que j’étais en train de lire et en fixant les caractères d’un air entendu.

J’avais un chat qui était féru d’ordinateur et posait ses pattes sur le clavier croyant m’aider à écrire des articles.

J’avais un chat qui s’asseyait à côté de moi sur la banquette du salon et suivait le programme de télévision.

J’avais un chat qui acceptait d’aller en voiture à condition d’être sur mes genoux ou de se promener sur la plage avant de la voiture ou encore de s’emmêler dans mes jambes pour mieux m’aider à accélérer, à embrayer ou à freiner.

J’avais un chat qui voyageait en avion pendant douze heures sans faire de bruit et qui se privait de nourriture et de boisson volontairement durant tout ce temps pour ne pas avoir besoin de vaquer à ses besoins naturels pendant le voyage.

J’avais un chat qui adorait s’enrouler autour de ma tête dans mon lit et là me racontait des histoires en ronronnant jusqu’à ce que je m’endorme.

J’avais un chat qui me suivait fièrement le soir quand j’allais me promener.

J’avais un chat qui m’avait choisie quand, dans la portée de petits chats,  la voisine m’offrait une magnifique petite boule de poils mordorée vers qui je tendais la main, mais alors lui alla plein d’assurance s’agripper à mon chandail de telle façon que je ne pouvais plus le détacher de moi, laissant la boule de poils mordorée libre pour une adoption future.

J’avais un chat qui connaissait parfaitement l’heure et me réveillait le matin d’une façon plus sûre qu’un réveil matin les jours de travail et me laissant gentiment dormir, pas assez cependant, les jours de congé.

J’avais un chat attentionné qui m’offrait des cadeaux de souris, d’oiseaux et même de serpents, croyant pourvoir à notre nourriture pour le repas du soir.

J’avais un chat qui a fait la grève de la faim quand je l’ai laissé dans une institution le jour où il m’a semblé trop vieux pour les décalages horaires et les voyages transatlantiques.

J’avais un chat qui savait sourire de façon malicieuse, froncer le sourcil et se mettre en colère.

J’avais un chat, que je pleure encore plus de dix ans après son décès.

J’avais un chat qui avait une petite âme bleue et rose

J’avais un chat qui, j’en suis certaine, viendra m’accueillir au portes du paradis quand le moment sera venu.

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À propos de chiendentbel

âgée mais éternellement jeune !

Publié le 04/03/2011, dans animaux. Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. Joli texte ! Bienvenu et longue vie à ton blog 🙂

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