Le chat et l’oiseau

moineauJulie n’a pas très bien dormi en cette nuit de samedi. Le petit chat qu’une voisine vient de lui donner afin qu’elle se sente moins seule, a fait un drôle de charivari durant la nuit. Julie a entendu malgré les somnifères et les antidépresseurs mais elle n’avait pas eu le courage de se lever pour voir ce qui se passait. La petite bête vient ronronner à son oreille. Ce chaton dort en général enroulé autour de sa tête, ce qui n’est pas toujours d’un grand confort. Elle a déjà constaté qu’il avait du caractère. La première chose qu’il a trouvé a été de faire pipi sur son ours en peluche, ours qu’elle aimait serrer dans ses bras. Pensez ce que vous voulez de quelqu’un qui, à plus de quarante ans, a besoin d’un ours en peluche pour combler l’absence d’un époux après un divorce ! Le chat n’avait pas souillé les draps du lit mais avait copieusement arrosé l’ours qui était bon à jeter. Le moyen de tuer l’adversaire affectif était judicieux.

Bref, Julie parvient à se lever. Pas de dégât apparent dans le studio meublé qu’elle loue depuis un mois. Elle se fait un café qu’elle boit lentement tout en lisant le journal. Lire est un bien grand mot. Elle se contente de regarder les dessins humoristiques qui, le dimanche, remplissent tout une page du journal. Elle lève les yeux et examine la pièce une fois de plus. Il n’y a rien à signaler de particulier. La porte fenêtre qui donne sur le jardin de la résidence est entrouverte, ce qu’elle fait toujours pour que le chat puisse entrer et sortir comme bon lui semble. Il trouve le moyen de se faufiler dans un interstice très mince. Aurait-il ramené une souris pour jouer avec ? Si c’est le cas cette souris doit se cacher quelque part dans un coin. Pourtant le chat ne semble pas du tout concerné par une quelconque souris. Il est assis au pied de l’immense tableau qui orne le mur du fond de la pièce et se lèche les pattes consciencieusement après avoir dégusté quelques unes de ses croquettes.

Julie observe le tableau. Il y a un paysage dans le fond qui ma foi n’est pas désagréable. A gauche, on distingue une petite chapelle. Sur le devant, une petite fille en jupe rose est assise au milieu d’un parterre de myosotis, fleurs dont elle a rempli un petit panier. J’aime beaucoup les myosotis se dit Julie. Le bleu de ces petites fleurs sans prétention me parlent. Ces fleurs symboles de la fidélité et elle réalise non sans un pincement au cœur que c’est sans aucun doute la qualité essentielle dans un couple.

Le tableau va presque jusqu’au plafond. Et là, elle voit, un tout petit oiseau, immobile perché sur le rebord du cadre. Incroyable, que cet oiseau ait pu s’échapper des griffes de ce monstre de chat au moins cent fois plus gros que lui ! Mais en tout cas voilà l’explication du remue ménage de cette nuit. Comment va-t-elle faire pour sauver l’oiseau ?

Tout d’abord, il faut éloigner le chat. Elle l’empoigne par la peau du cou et l’enferme dans le débarras. Elle approche lentement une chaise près du mur. Pourvu que l’oiseau ne s’affole pas et ne vole pas en se cognant partout dans la pièce. Mais non. Il ne bouge absolument pas. Elle grimpe sur la chaise, tend sa main vers l’oiseau en lui parlant doucement. L’oiseau ne bronche pas. Il se laisse attraper sans problème. Il tient tout entier dans la paume de la main de Julie. Comme son petit cœur bat fort ! Il doit être absolument épouvanté.

Combien est doux et chaud ce tout petit corps qui lui fait une confiance absolue mais qui est en même temps plein de crainte : un mélange bien contradictoire d’émotions pour un petit être. Julie continue à lui parler tout doucement, descend de la chaise, s’approche lentement de la porte fenêtre qu’elle ouvre lentement. Elle sort la main qui tient l’oiseau et l’ouvre. L’oiseau ne perd pas un dixième de seconde et s’envole à tire d’aile bien loin dans le ciel.

Julie s’émerveille devant l’intelligence de cet animal qui à su contenir ses émotions et a pu ainsi sauver sa liberté. La liberté, Julie en bénéficie et elle ne sait que se noyer dans un océan d’émotions. Julie rentre et ouvre la porte pour libérer le monstre tout en lui faisant un sermon qu’il ne comprend guère ou tout du moins fait-il semblant de ne rien comprendre. C’est bien commode d’être un animal ! Le chat sort du débarras comme si de rien n’était.

Il n’a peut-être pas compris la leçon mais il a bien compris que Julie avait libéré son oiseau. Il se dirige vers sa gamelle sans un regard vers le tableau et sans un regard vers Julie.

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À propos de chiendentbel

âgée mais éternellement jeune !

Publié le 10/03/2011, dans animaux. Bookmarquez ce permalien. Commentaires fermés sur Le chat et l’oiseau.

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