Le grand livre rouge

Le grand livre rouge

Il n'est pas vraiment rouge sur cette image !

Il y a des souvenirs d’enfance si clairs et, d’autre part, il y a tellement de choses que l’on a enfoui dans sa mémoire et dont on ne se souvient pas. Il y a aussi quelque chose de très bizarre dans les souvenirs de la toute petite enfance, dans ceux que l’on pourrait dater comme provenant d’un age très tendre, moins de quatre ans par exemple. Le bizarre est qu’ils reviennent dans votre mémoire comme des images, comme si l’on se regardait en étant hors de son corps. Il est vrai que l’on n’a plus ce corps d’une petite fille ou d’un petit garçon de trois ans et demi et donc qu’il est quasiment impossible de se voir autrement que par une image, une image qui ressemble si fort à une photographie que la confusion peut-être faite entre une photographie de son enfance voire d’une autre petite fille.

Pourtant, si on examine attentivement ses souvenirs, on en retrouve certains dont on est sûr de l’authenticité. Il s’agit ici de la vision d’une toute petite Elsa, qui, assise dans un petit fauteuil peint en bleu lit, mais oui, lit un grand livre à couverture rouge. Le livre est presque aussi grand qu’elle. Il est écrit en très gros caractères. Il n’y a pas beaucoup d’illustrations. Il s’agit d’un « vrai » livre. Le titre s’étale en grosses lettres d’or sur la page de couverture du livre :  » La petite sœur de Trott » d’André Lichtenberger. La découverte du  plaisir de la lecture est une expérience sans pareil à cet âge. C’est bizarre de se voir, plongée dans cette lecture. Pourtant Trott est un petit garçon. Il attend un petit frère ou une petite sœur. Rien à voir avec Elsa, petite fille unique de trois ans et demie que l’on voit lire dans son petit fauteuil tenant à grand peine le grand livre rouge ouvert sur ses genoux.

Elsa lit là perdue au milieu de la grande cuisine au carrelage rouge. Elle est absorbée dans sa lecture. Absorbée, peut-être, mais il y a une présence dans l’image, celle d’une ombre orangée et visiblement en colère. Un drame se joue derrière ce grand livre rouge. La jeune femme qui l’a offert à la petite fille n’est pas très appréciée de l’ombre. Le lecteur peut deviner facilement le drame qui se joue. L’enfant en a deviné ou entendu tous les détails et elle croit même en savoir plus que l’ombre elle-même Cela ne l’empêche pas d’adorer ce livre mais de se sentir en même temps coupable de le lire et de l’aimer. Un jour le grand livre rouge a disparu. Ce n’était pas par hasard.

Wikipédia nous indique  »  Mon Petit Trott et La Petite Sœur de Trott, 1898, récits dépeignant finement la psychologie enfantine ».

Publicités

À propos de chiendentbel

âgée mais éternellement jeune !

Publié le 13/03/2011, dans enfance. Bookmarquez ce permalien. Commentaires fermés sur Le grand livre rouge.

Les commentaires sont fermés.

%d blogueurs aiment cette page :