Course à l’emploi

Fleur Impatiens
Alice s’était assise au creux d’un rocher, son livre sur les fleurs à la main. La campagne s’étendant tout autour d’elle l’enveloppait de sa verdure rassurante. Elle avait retrouvé cet endroit familier de son enfance où, déjà, elle venait lire quand elle voulait être seule. En effet Alice, à 38 ans, au chômage depuis deux ans, avait du retourner vivre chez ses parents. Elle avait obtenu un interview deux semaines auparavant en vue d’obtenir un poste de secrétaire de direction, poste qui lui plaisait énormément et pour lequel elle se sentait compétente et qualifiée. « On vous donnera une réponse dans quelques jours » lui avait-on dit. Mais la réponse n’arrivait pas. Cela faisait déjà deux semaines.

Elle s’était échappée de la maison car elle en avait assez de rester là, impatiente, regardant ses courriels toutes les cinq minutes et tendant l’oreille pour ne pas manquer un éventuel appel téléphonique. Un samedi après midi serait bien invraisemblable pour obtenir une réponse et son espoir s’amenuisait. Il lui faudrait attendre encore au moins deux jours. Elle soupira et ouvrit le livre au hasard. Elle tomba sur la fleur impatiens. « Leur culture est dans l’ensemble plutôt facile, leur exigence principale réside dans une exposition ombre à mi-ombre, un terrain drainant et frais. » Une fleur peu exigeante, un point qui n’était pas commun avec elle. Elle était exigeante pour elle comme pour les autres. Sans doute était-ce une des raisons qui empêchait Marc de vouloir se marier avec elle. Elle le trouvait toujours trop lent et le lui reprochait. Sa pensée était beaucoup plus incisive et rapide.

Mais à quoi cela lui servait-elle : au chômage, célibataire, désirant un enfant qu’elle n’aurait sans doute jamais car personne ne voulait d’elle. Ils s’étaient séparés car elle voulait un enfant et il ne voulait entendre parler ni d’enfant ni de mariage. Voilà qu’elle commençait à s’apitoyer sur elle-même, quelque chose qu’elle détestait chez les autres. Elle regarda autour d’elle et sentit comme la nature était vibrante d’énergie, de joie et d’activité mais en même temps pleine de calme et de sérénité. L’activité et le calme n’étaient donc pas forcément contradictoires. L’amour, un enfant, un métier, voulait-elle tout et trop ?

Son téléphone mobile se mit à sonner. Son cœur se mit à battre : un samedi après midi pour la réponse, c’était incroyable. « Êtes-vous mobile » lui demandait-on ? Mon Dieu oui, elle était mobile, sans attache malheureusement. « Il semble que votre profil nous intéresse. Pouvez-vous venir mardi à quinze heures pour un interview avec le département des ressources humaines à Mâcon ? » Mâcon, ce n’était pas tout à fait la porte à côté et il leur fallait encore un interview supplémentaire mais elle agréait bien sûr sans montrer sa réticence. Si on lui procurait un poste à Mâcon, elle s’y rendrait. Cela lui permettrait d’ailleurs de s’éloigner définitivement de Marc et de trouver peut-être là bas l’âme sœur. Que sait-on de ce que la vie peut vous apporter ? Mais en attendant, il fallait continuer le parcours du combattant de la course à l’emploi. Cet interview serait-il le dernier ?

Dernières nouvelles : Alice a du passer quelques tests dont un de personnalité que j’ose vous proposer. Il est assez pertinent ( lien ). Faites le et vous saurez tout sur vous ! J’espère que vous ne me croyez pas. Qui nous sommes est sans doute la plus importante question existentielle qui soit.

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À propos de chiendentbel

âgée mais éternellement jeune !

Publié le 15/04/2011, dans réflexion. Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. J’aime beaucoup la dernière question 😉 j’en rajouterais bien une: » aimez vous répondre aux tests de personnalité ?  »
    Très actuelle cette historiette…

    • Actuelle oui, un peu trop ! Je n’aime pas l’utilisation que l’on fait des tests de personnalité, mais les faire pour soi, pour s’amuser, ça va…à condition d »avoir le temps. Tu dois comprendre qui a eu à passer celui là. Je l’ai fait et ma foi, le résultat de l’analyse n’était pas si loin de la vérité. 🙂

  2. … et on met toute sa vie à le chercher sinon le trouver

    • Hé oui. On passe sa vie à chercher quelque chose. C’est embêtant quand on recherche un emploi car cela vous empêche de rechercher autre chose : quelque chose de plus « life enhancing » dirait Denis; en français, je ne sais pas bien traduire, c’est sans doute « quelque chose qui ajoute à la vie ».

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