La carpe

Les soirs d’été il est bien agréable de se promener lentement autour d’un petit lac Bourguignon comme le lac de Cercey. C’est un de ces lacs artificiels qui permettent de régler le niveau du canal de Bourgogne. Il s’agit d’ une courte promenade sans dénivelé donc sans fatigue, jolis paysages, vue de cygnes nageant fièrement sur l’eau, un héron si vous savez le voir, enfin tout pour vous réjouir.

Les pécheurs sont assez rares mais ce jour là, il y avait un couple de deux pécheurs. L’un d’eux était placé sur la berge surveillait trois canes à pèche tandis que le deuxième péchait non loin de lui depuis une petite barque. Quand Denis et moi arrivons à proximité, nous entendons la sonnerie d’une des clochettes placées sur les canes et permettant au pécheur à pied de surveiller ses trois canes à pèche tranquillement. Le pécheur se précipite, prend la cane à pèche et commence la bataille contre le poisson qui se trouve pris au bout de l’hameçon. Le jeu dure. Nous restons là à regarder, fascinés par le drame qui est en train de se jouer entre l’homme et le poisson. On sent le poids du poisson au bout du fil. Il doit être de bonne taille. Le deuxième pécheur s’approche dans sa barque et contemple lui aussi ce qui se passe, encourageant son compagnon et lui prodiguant des conseils, conseils que nous ne comprenons pas car il s’exprime en allemand.Le poisson se débat au bout de l’hameçon pendant une bonne dizaine de minutes puis renonce. Que pense le poisson à cet instant fatal ? A-t-il conscience de ce qui se passe ? Que ressent-il ? A-t-il peur ? Qui peut prétendre que les animaux n’ont pas une certaine forme de pensée ? Qui peut prétendre qu’ils ne ressentent pas ?

Le pécheur ramène lentement le poisson inerte près du bord. Le deuxième pécheur saute alors hors de sa barque. attrape une épuisette de grande taille et s’approche pour aider à la capture du poisson qui bientôt se retrouve hors de l’eau dans l’épuisette sans mouvement. C’est une énorme carpe d’au moins 9 kilogrammes. Le pécheur s’assied sur sa petite chaise pliante, face au lac, la carpe dans ses bras. L’autre part chercher son appareil photo pour mémoriser cet exploit.

Pendant ce temps nous contemplons la carpe qui ne bouge pas dans les bras du pécheur. Elle vit. Encore une fois que pense-t-elle ? Ces ancêtres sont originaires d’Asie Mineure amenés en France par les grecs et les romains, comme nous en quelque sorte. Imaginons la connaissance et la sagesse de cet animal qui peut être est plus grande que la nôtre dans certains domaines. Sa durée de vie peut être de 40 à 50 ans à l’état sauvage. A en juger par sa grosseur, celle que nous avons sous nos yeux doit être très vieille. Son œil semble nous regarder en nous disant :
« Ne vous faites pas de souci pour moi. Ces pécheurs ne sont pas méchants. Quelque chose me dit que je vais survivre à cette épreuve. Quand je l’ai compris, j’ai arrêté de me débattre dans l’eau car cela m’était beaucoup plus nuisible pour moi à mon âge que de me laisser prendre. »

L’homme arrive avec son appareil photo. Le pécheur assis lève sa proie pour que l’on la voie dans toute sa splendeur. Le photographe prend des clichés de face et de profil. La carpe est une vrai star. Son existence est mémorisée sur le film. Elle semble le comprendre mais comme le temps doit lui sembler long ! Combien de temps peut-elle rester en vie hors de l’eau ? Heureusement son supplice est sur le point de se terminer. Le photographe range son appareil photo. Le pécheur se lève, la carpe dans les bras et la rejette à l’eau avec un grand plouf. Nous respirons mieux. Denis qui a péché beaucoup toute au long de sa vie et qui songeait à reprendre ses canes à pèche l’an prochain conclut :
« Après avoir pénétré la conscience de ce poisson, je ne sais pas si je pourrai pécher de nouveau. Ma joie de pécher serait perturbée par le souvenir de cet œil, de cette sagesse dans la souffrance, de cette patience, … »

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À propos de chiendentbel

âgée mais éternellement jeune !

Publié le 22/07/2011, dans animaux. Bookmarquez ce permalien. 3 Commentaires.

  1. quelle histoire, mais surtout qu’elle philosophie tu, et Denis, déploies au sujet des poissons. je n’attendais qu’une chose qu’ils la remettent à l’eau ouf ce fut fait

    • Ils l’ont remise à l’eau. La carpe le savait. Les animaux, je pense, savent mieux que nous quand ils vont mourir. Il nous a suffi d’observer notre chat et d’autres animaux à plusieurs occasions.

  2. Ouf , on respire 😉

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