Conte d’automne

Il était une fois une petite fille de 10 ans bien solitaire. Elle s’appelait Elizabeth mais tout le monde l’appelait Lizzie. Elle habitait un grand château fort perché au sommet d’un piton rocheux. Sa maman souffrait d’une étrange maladie qui la tenait au lit la plupart du temps. Son père était tout à sa douleur de voir sa femme chérie dans cet état. Ses deux frères aînés étaient partis à la croisade. Aussi Lizzie passait la plupart de ses journées dehors près de la fontaine qui, bien que très proche du château, était entourée par la forêt qui s’étendait en pente douce de l’autre côté de l’abrupte falaise au dessus de laquelle se perchait le château.

Lizzie avait appris à écouter les chants des oiseaux et à comprendre comment ils communiquaient entre eux grâce aux diverses modulations de leur chant. Un vrai langage avec des mots et même une syntaxe assez sophistiquée. Cependant les oiseaux ne semblaient pas vouloir communiquer avec elle. Il y avait aussi les murmures du vent dans les feuilles des arbres, le vent qui en cette saison détachait les feuilles roussies et les faisaient virevolter dans l’air avant de venir grossir le tapis qui s’étendait sous ses pieds. Quelquefois une feuille tombait dans le bassin sous la fontaine et flottait dans l’eau qui lui donnait une luisance toute neuve. La feuille semblait alors revivre une seconde jeunesse. Le vent ne lui parlait pas non plus.

Ce jour là, Lizzie contempla les feuilles tombées des grands chênes et admira leurs formes et leurs couleurs. Elles étaient toutes différentes, elles possédaient chacune leur personnalité propre. Il y avait eu un soleil et un ciel bleu sans nuage toute la journée mais la brume du soir commençait à apparaître. C’était l’heure où Lizzie pouvait voir le petit peuple des forêts et des fontaines s’animer. Cela n’effrayait pas Lizzie de voir des petits lutins grands comme le pouce croquer des petits bouts de champignons ou amasser petites brindilles, glands et châtaignes pour aller les engranger pour l’hiver. Lizzie ne savait pas où, car si elle tentait de bouger ou de les suivre, ils disparaissaient à l’instant donc ils étaient bien conscients de sa présence. Très rarement elle voyait sept fées dans leur longue robe blanche danser sous la lune autour de la fontaine. Mais pour cela il ne fallait pas qu’il y ait du brouillard comme ce soir et comme les fées ne semblaient pas la voir, cela n’avait pas grande importance.

Personne ne venait à la fontaine à cette heure là, aussi Lizzie fut-elle très surprise de voir la silhouette d’un vieillard se dessiner dans la brume et la regarder avec bienveillance. Il se tenait très droit et portait une longue houppelande grise avec une énorme capuche qui ne laissait voir que ses yeux et sa barbe poivre et sel. Il ne bougeait pas et restait là : une silhouette fantasmagorique dans le brouillard qui s’épaississait. Encore un de ses personnages qui ne va pas m’adresser la parole pensa Lizzie. Mais elle se trompait, le vieillard lui dit :
« Je m’appelle Angus et je suis ton guide durant ton passage sur terre. »
Lizzie s’étonna. Elle avait entendu parler des anges gardiens mais pas des guides. Le vieillard lisait certainement ses pensées car il continua ainsi :
« Non, je ne suis pas un ange mais j’ai été choisi pour guider tes pas en accord avec les besoins de ton âme. La solitude dans laquelle tu te trouves n’est pas bonne aussi je te propose de devenir un compagnon un peu plus visible pendant un certain temps et de venir te voir et discuter avec toi quand tu viens à la fontaine. »
Lizzie battit des mains et lui dit de revenir autant de fois qu’il le voulait et qu’elle serait enchantée de lui poser toutes les questions sans réponses qui tournaient dans sa petite tête. Il y avait aussi tous ses problèmes de la vie qu’elle ne comprenait pas, par exemple pourquoi sa maman était tout le temps malade. Elle n’osa pas poser la question au vieil homme tout de suite mais elle sentit qu’il la comprenait. Il lui dit alors :
« Nous parlerons de tout cela demain bien que les mots et le niveau d’évolution de l’homme ne permette pas de donner une explication satisfaisante à toutes tes questions. Je reviendrai tant que tu n’auras pas compris mes réponses. Tu pourras toujours par la suite me poser des questions même sans ma présence visible. L’essentiel n’est pas toujours dans la réponse explicite à la question mais dans le questionnement lui-même. »
Sur ce il disparut dans le brouillard. Lizzie ne comprit pas bien ce qu’il lui avait dit ce soir là mais elle se sentit beaucoup moins seule : Angus avait promis qu’il reviendrait le lendemain. C’est tout ce qui comptait pour l’instant.

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À propos de chiendentbel

âgée mais éternellement jeune !

Publié le 01/12/2011, dans sérendipité. Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. y aura -il une suite ??? je vote oui 🙂

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