Le guide intérieur

Le lendemain matin ( voir conte d’automne) Lizzie constata en se réveillant qu’il pleuvait à verse. Elle s’assit devant le feu qui brûlait dans l’immense cheminée du château et mangea son pain avec un œuf dur en silence. Elle se désolait de cette pluie qui semblait être là pour toute la journée et qui l’empêcherait alors de voir Angus ce soir. C’est alors qu’une voix intérieure lui suggéra qu’elle ne devait faire confiance à Angus. Il avait dit qu’il la reverrait le lendemain et il tiendrait parole. Il ferait en sorte que la pluie s’arrête avant le soir.

Lizzie, rassurée s’en alla jouer avec sa poupée de chiffon. Puis elle se rendit dans la cuisine du château. Elle aimait regarder la cuisinière préparer la soupe de légumes et cuire le pain. Elle l’aidait même en allant ramasser les œufs du poulailler et les pommes tombées du verger. Après le dîner composé de bouillon de poule et de pommes au four, elle se rendit dans la petite bibliothèque du château. Elle avait eu la chance d’écouter les leçons données à ses frères quand elle était toute petite aussi elle savait lire et écrire, chose rare pour les filles de petite noblesse. Il y avait bien peu de livres et la plupart étaient écrits en latin et donc indéchiffrables pour Lizzie. Aussi elle lisait et relisait le roman de la rose, les lais de Marie de France et un ouvrage sur la vie des saints qui, fait exceptionnel, n’était pas rédigé en latin. Elle lut pendant une petite heure et courut dehors. La pluie s’était bien arrêtée.

Lizzie mit alors sa cape et son bonnet de laine car il faisait plus frais et se rendit à la fontaine. Azan n’apparaîtrait pas avant deux ou trois heures mais Lizzie ne s’ennuyait jamais dans la nature. Elle vibrait au souffle du vent. Elle s’enchantait des trilles des oiseaux. Elle ressentait la sève monter dans les arbres. Elle s’épanouissait avec les fleurs de colchiques. Elle ne connaissait rien des structures fractales mais elle était fascinée par les formes des fougères qui commençaient à brunir et à se recroqueviller. Elle s’envolait avec les papillons. Bref elle vivait en harmonie avec cette nature si riche dont la splendeur la remplissait de joie.

Le soir tombait maintenant. Lizzie écoutait le hululement d’une chouette qu’elle essayait de localiser. On lui disait que cet animal était fourbe et trompeur mais elle ne le croyait pas. Elle trouvait plutôt que les yeux ronds des chouettes dévoilaient la sagesse immémoriale de cet animal. Elle ne pensait plus particulièrement à la visite d’Azan. Pourquoi se soucier ? Elle était sûre qu’il serait là bientôt. Soudain, il était devant elle arborant un sourire plein de bienveillance.

L’esprit de Lizzie était plein de questions qu’elle ne savait pas formuler ou dont elle n’avait pas une conscience claire. Azan prit la parole lui disant :

« Ne t’inquiète pas, tu n’as pas toujours à formuler tes questions avec des mots pour que je te réponde en ton cœur. Pour ta maman, je peux te dire simplement qu’elle n’accepte pas le départ de tes frères à la croisade mais il y a aussi des causes plus profondes à sa langueur causes qu’il n’est pas utile que tu connaisses. Ce qui importe est que ta maman ne puisse vraiment s’occuper de toi, que tu te sentes abandonnée et que tu croies qu’elle ne t’aime plus. L’amour ne te provient pas de sources extérieures. Tout l’amour de ta maman est en toi. Tout l’amour de l’univers est en toi. »

Lizzie ne comprenait pas vraiment. Elle voulait que sa maman et son papa lui montrent leur amour. Ce discours ne lui convenait pas du tout. Azan fouilla alors dans la poche de sa houppelande et en sortit une pierre qu’il tendit à Lizzie :

« Prends cette pierre et place la au niveau de ton cœur la nuit au moment de t’endormir »

Lizzie ne voyait pas comment une pierre pouvait remplacer sa maman mais elle remercia Azan qui disparut en lui promettant qu’il reviendrait. Lizzie rentra au château. Elle but un grand bol de lait chaud avec un œuf mollet, récita ses prières et se mit au lit sans tarder. Elle était impatiente de voir l’effet de la pierre sur son cœur. Elle s’allongea sur le dos et la mit en place, ferma les yeux en essayant de réduire la vitesse des battements de son cœur. Rien ne se passait. Lizzie tenta de s’endormir en oubliant la pierre. Elle se sentit soudainement comme enveloppée dans un nuage rose et vaporeux qui provoquait en elle une chaleur douce, une impression de bien être et de paix. Elle n’eut plus l’ombre d’un doute. Cette chaleur, c’était l’amour même. L’amour de sa maman mais aussi l’amour des étoiles, de la lune, des oiseaux, des fleurs des papillons, des arbres et de la nature toute entière. C’était l’amour de l’univers qu’elle ressentait si fort qu’elle n’était pas certaine que sa sensibilité puisse l’endurer plus longtemps sans être brisée. Mais la sensation diminua et fit place à une impression de parfait bonheur. Elle savait qu’elle ne se sentirait plus jamais abandonnée et seule. Lizzie s’ endormit alors avec un sourire aux lèvres.

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À propos de chiendentbel

âgée mais éternellement jeune !

Publié le 15/12/2011, dans sérendipité. Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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