En bateau sur le canal de Bourgogne

La petite souris Brume habitait dans la maison d’écluse au bord du canal de Bourgogne. Bien cachée dans un pot de géraniums qui décore la fenêtre de la maison, elle pouvait contempler à longueur de journée les péniches à leurs passages de l’écluse. Elle s’imaginait alors être à bord, à l’avant, près du gouvernail. Elle sentirait la caresse du vent, contemplerait le paysage changeant qui défilerait lentement sous ses yeux, oublierait les tracas du quotidien : plus besoin de quête de nourriture car elle avait entendu dire que la nourriture à bord de ces péniches hôtel étant abondante et savoureuse à souhait.

Brume réfléchissait. Comment réaliser son rêve ? Elle devait le faire car qui ne réalise pas ses rêves passe à côté d’une partie de sa vie. Le gros problème était de passer inaperçue. Cela ferait un très mauvais effet sur la clientèle, si ils découvraient une souris trottinant sur le pont ou pire sur la moquette de leur suite luxueuse. Brume regardait passer les péniches et ne voyait pas de solution. Il y avait bien des pots de fleurs qui ornaient souvent les terrasses mais il faudrait bien en sortir quand on procèderait à l’arrosage des plantes. Ce n’était pas une option réaliste.. Elle devait aller consulter la fée Ondeline qui allait toujours se baigner le soir dans l’Ouche et vivait durant le jour dans une maison abandonnée au bord de la rivière pas trop loin de l’écluse de Brume. Aussi, sans tarder Brume se mit en route. Elle devait pour cela traverser le canal sans que personne ne la repère sur l’écluse et ensuite cela ne serait pas trop difficile de se cacher dans des herbes hautes au bord de l’Ouche. Il y aurait bien sûr à éviter les chats, les renards et autres prédateurs mais Brume était très rusée, trottinait très vite, savait exploiter la moindre petite cachette et se frottait dans des herbes odorantes pour que ces carnivores ne la repèrent pas par l’odorat.

Elle arriva sans encombre à la masure d’Ondeline. La chance était pour elle. Ondeline était là. Ondeline lut très vite dans les pensées de Brume et lui dit :

« J’ai une solution pour toi. Tu t’appelles Brume ce qui signifie que tu peux à volonté te changer en un petit voile de brume et disparaître aux yeux de tous. Cela peut d’ailleurs aussi te servir quand tu es en présence d’un chat. En tant que Brume tu ne perdras pas ton sens de la vue, de l’ouïe et de l’odorat. Tu ne te connaissais pas ce pouvoir, n’est-ce pas ?»

Brume fut très surprise par cette révélation et quand elle fut revenue de sa surprise Ondeline ajouta :

« Ce n’est pas extraordinaire tu sais. Tous les êtres ont des pouvoirs en eux beaucoup plus grands qu’ils ne le croient. Il te suffit Brume de te concentrer sur la vision d’une vapeur d’eau ou d’un léger brouillard pour que tu deviennes la brume que tu es aussi. Tu ne t’apercevras même pas vraiment de ton changement physique et tu reprendras ta forme de souris en te concentrant sur ton image de souris. C’est tout simple. Cette transformation est le seul moyen que je voie pour que tu puisses réaliser ton rêve de croisière. En général je ne révèle pas ces pouvoirs cachés car il est plus sage de laisser les créatures les découvrir par elles-mêmes mais je fais une exception pour toi afin de te permettre de faire cette croisière. Essaie maintenant.»

Brume se vit vapeur et elle se sentit légère et immatérielle. Elle était devenue Brume, son vrai moi. Ondine la félicita. Brume reprit sa forme de souris, remercia Ondeline et rentra chez elle en trottinant. Maintenant elle pouvait choisir sa péniche. Le choix était difficile car elles étaient aussi belles les unes que les autres mais pourquoi tergiverser ? Elle s’embarqua sur la première péniche qui passa à l’écluse après s’être transformée en brume. Merveilleuse sensation ! Brume s’installa près du gouvernail et regarda la manœuvre. Il était étrange de voir sans ses yeux. En fait elle voyait même mieux. Car elle avait une vision à 360 degrés. Puis le voyage commença. Brume sentait la douce brise. Des odeurs lui parvenaient de toute part. Brume était en extase devant la beauté de la nature. Elle n’avait plus aucune notion du temps. Le passage des écluses suivantes se fit sans encombre et la péniche se gara au bord du canal dans un port.

Le soir tombait. Les hôtes prenaient l’apéritif sur la terrasse. Brume humait les odeurs du repas qui se préparait. Brume n’était qu’un passager clandestin. Elle devait reprendre sa forme de souris pour pouvoir manger et le risque était grand de se faire voir. Pourtant la faim la tenaillait et cela sentait si bon que Brume se sentit défaillir. Elle se rendit dans la cuisine. Pas moyen de toucher aux plats en présence du cuisinier. Elle devait attendre et rester sous sa forme de brume. Le repas commençait. Le cuisinier allait servir les entrées. La patience n’était pas le point fort de Brume. Dès que le cuisinier fut parti elle redevint souris et se précipita vers le plateau de fromages. Elle se mit à attaquer le Soumaintrain dont elle raffolait. Elle entendit le cuisinier revenir. Catastrophe, elle était si tendue qu’elle n’arrivait pas à se concentrer pour se transformer en brume. Le cuisinier la vit. Il crut qu’il faisait un cauchemar. Comment une souris avait-elle pu arriver là ? Il en lâcha le plat qu’il ramenait et celui-ci se brisa sur le sol avec un grand fracas. Brume se sauva sous un meuble et se concentra pour redevenir brume. Le pauvre cuisinier nettoyait et regardait partout pour trouver la souris. Il devait servir et décida de prendre sa recherche plus tard. Il nettoya le plateau de fromages et jeta le Soumatrain qui effectivement portait trace d’un grignotage de souris. Sans cette preuve, le pauvre cuisinier aurait bien cru qu’il avait eu une vision. Dès qu’il fut parti, Brume acheva son dîner en fouillant des restes dans la poubelle tout en écoutant si le cuisinier revenait pour avoir le temps de redevenir brume avant qu’il n’arrive.

Quand elle eut fini elle se changea en brume et décida que l’expérience avait assez duré pour cette fois. Après tout, elle pouvait essayer de vivre dans la maison d’écluse proche. Un changement de cadre de vie ne lui ferait pas de mal. Le cuisinier chercha la souris, plaça des pièges sans succès. Personne ne le crut parmi les membres de l’équipage et depuis il est l’objet de plaisanteries plus ou moins fines au long de tout le canal de Bourgogne.

Publicités

À propos de chiendentbel

âgée mais éternellement jeune !

Publié le 14/06/2012, dans divertissement. Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. sympa ce petit conte , je verrais bien des illustrations , car les images viennent facilement à la lecture 🙂

    • Oui, tu as raison mais je ne sais pas vraiment dessiner. Mon peintre-photographe d’époux ne veut pas que je lui pique photos ou peintures et il ne va pas me dessiner une souris ! Il y a bien cette photo d’une péniche hôtel dans son blog photos. Il va peut-être falloir que je m’essaye à l’illustration ou à la photo, tant pis si ce n’est pas terrible ! 🙂

%d blogueurs aiment cette page :