État d’esprit

L’histoire se passe durant la grande dépression. Il y avait alors dans les rues de Chicago un vendeur de hot-dogs qui ne s’en souciait guère. Charlie continuait à vendre ses hot-dogs en sifflant un petit air joyeux et l’esprit en paix. Pas de problème pour lui. Les gens étaient attirés par sa bonne humeur et achetaient le hot-dog qui constituait peut-être leur seul repas de la journée. Charlie restait insensible à leur humeur morose et leur offrait un grand sourire bien franc et une parole aimable. Charlie ne voyait que le ciel bleu au dessus de sa tête. Charlie ne croyait pas à la misère et à la pauvreté et pourtant il n’était pas bien riche mais il mangeait à sa faim et il dormait à l’abri du froid dans un entrepôt. La crise ne lui avait pas fait changer ses habitudes. Du moment qu’il vendait ses hot-dogs et pouvait contempler le ciel, il était libre et heureux.

Cependant il ne pouvait pas s’empêcher d’écouter ses clients. Ceux-ci lui disaient bien entendu que tout allait mal, que le chômage atteignait des sommets insoutenables, qu’ils craignaient pour leur emploi, qu’ils avaient grand peur de ne plus être capables de payer leur loyer, de se chauffer et de pouvoir nourrir leurs enfants dans un futur proche. Ils prédisaient qu’alors Charlie n’aurait plus de client. « Comment peux-tu être tout le temps de si bonne humeur ? Comment peux tu être si serein Charlie ? Les gens autour de toi sont si malheureux et si anxieux et ton tour viendra pour sûr. Tu ne peux pas échapper au sort commun. »

Alors Charlie qui ne laissait jusqu’ici pas polluer ses pensées par les médias se mit à lire les titres de la une des quotidiens dans les kiosques qui distribuaient les journaux. Ils ne parlaient que de la montée du chômage, de gens qui désespérés se suicidaient en sautant par les fenêtres des étages des buildings, de familles mises à la rue car elles ne pouvaient pas régler leur loyer … . Charlie peu à peu, sans vraiment en être conscient se mit à être de moins en moins joyeux. Il ne sifflait plus. Il ne souriait plus. Il n’osait plus plaisanter avec les clients. Bientôt ceux-ci ne vinrent plus vers lui pour être un peu rassérénés. Les ventes baissaient et Charlie pensait que les prédictions se réalisaient et que tout provenait de la crise. Bientôt il ne vendit plus assez pour vivre. Il alla rejoindre la cohorte des mendiants qui se pressaient près des églises et déjeuna à la soupe populaire. Il ne comprit pas qu’il avait simplement fait erreur en rejoignant le mental de l’air du temps et que c’était là que se trouvait l’origine de ses malheurs. Tout est une question d’état d’esprit.

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À propos de chiendentbel

âgée mais éternellement jeune !

Publié le 27/03/2013, dans réflexion. Bookmarquez ce permalien. Commentaires fermés sur État d’esprit.

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