Une si jolie petite plume

Un jour Tit’Plume s’échappe du plumage d’un canard qui logeait dans un petit îlot d’une charmante petite rivière. Comme elle est légère et douce notre plumule avec ses barbes abondantes de duvet blanc ! Elle se retrouve posée comme une petite voile blanche sur une coquille de noix qui navigue au fil de l’eau. Les pécheurs qui voient passer cette étrange embarcation n’en reviennent pas.

Une rafale de vent détache alors Tit’Plume de sa coque de noix et elle s’envole dans les airs. Elle rejoint une feuille d’automne et elles tourbillonnent toutes deux dans une danse endiablée. Le sol pavé de grès rose d’une terrasse accueille leur chute.

Un chat qui était assis près de là s’approche alors de Tit’Plume, la pousse avec ses pattes, la prend entre ses dents, court quelques mètres, la repose et recommence encore et encore son manège. Mais Dieu merci il finit par se lasser et il abandonne Tit’Plume qui peut alors se sécher sous les rayons d’un pâle soleil d’automne.

Le vent la soulève de nouveau dans les airs. Elle retombe sur la page d’un petit livre de contes de Perrault qu’une petite fille lit assise sur le perron d’une maisonnette. La fillette rit en voyant Tit’Plume et l’adopte en tant que marque page. Inutile de vous dire que Tit’Plume ne s’intéresse guère à l’histoire du Petit Chaperon rouge que la petite fille est en train de parcourir. D’ailleurs, elle ne sait pas lire mais elle ressent les émotions de la fillette et capte ses images mentales.

La fillette abandonne son livre ouvert sur sa chaise pour aller boire un verre d’eau et alors Tit’Plume s’échappe une fois de plus mais elle se retrouve prise dans une toile d’araignée. L’araignée qui est au centre de sa toile contemple Tit’Plume avec ses quatre paires d’yeux et la dédaigne en tant qu’aliment comestible. Aussi Tit’Plume reste là avec son duvet enchevêtré dans les fils de la toile et avec comme seul spectacle celui de ce monstre dévorant avec avidité quelques mouches captives.

Mais bientôt une ménagère, un chiffon à poussière en main passe par là et remarque la toile; ceci sans doute grâce à la blancheur de Tit’Plume. Elle la détache et secoue son chiffon dehors contre le tronc d’un vieux noyer. Tit’Plume retombe sur la terre humide son duvet blanc encore empêtré dans des fils de soie arrachés à la toile. Ainsi alourdie, Tit’Plume est immobilisée au pied de l’arbre.

Le soleil se couche. Tit’Plume n’a pas le loisir de contempler l’or de la pleine lune et le ciel étoilé car elle se sent soudain plonger dans les ténèbres profondément, encore plus profondément, de plus en plus profondément. Une sensation de froid intense pénètre le duvet de Tit’plume, duvet qui n’a plus la possibilité de se gonfler.

La chute dans les abîmes s’arrête soudainement et Tit’Plume se voit plongée dans un océan de lumière. Tit’Plume retrouve alors miraculeusement toute sa liberté, toute sa légèreté, toute sa blancheur originelle. Elle monte, monte, monte dans la lumière qui se diffuse autour d’elle dans toute sa beauté, dans toutes les couleurs de l’arc en ciel. Une lumière qui transporte de la musique céleste d’une harmonie inénarrable et qui accélère l’ascension de Tit’Plume qui se retrouve piquée dans le duvet des ailes d’un ange au milieu de milliards de milliards de ses pareilles qui l’accueillent avec un amour indescriptible. Tit’Plume est entrée dans son éternité.

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À propos de chiendentbel

âgée mais éternellement jeune !

Publié le 30/10/2013, dans sérendipité. Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. Je ne sais pas ce qui pousse dans votre jardin mais j’en veux !!! Moi aussi je veux devenir un poète éclairé et spirituel ! (ras le bol d’être spiritueux seulement…hips…)
    bravo pour ce très joli texte !

    • Oh Corpusmind merci ! Mais tu sais aujourd’hui je ne me sens pas éclairée du tout ! Il y a des jours avec lumière et des jours sans !

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