Le vieux noyer

Ce titre est indigne de moi. Je ne suis pas vieux. Je n’ai que cent ans et vous osez me traiter de vieux !

Bon passons, je suis un arbre et très fier de l’être. Mes branches vont très haut dans le ciel. Ma taille dépasse celle des pylônes électriques et téléphoniques environnants. Mon tronc est couvert d’une écorce d’un très beau gris. Mes feuilles sont d’un vert profond. Et mes fruits ! Ah mes fruits ! Quand je reçois de l’eau en suffisante quantité, je produis des grosses noix bien riches et goûteuses.

Les hommes dont la perception est pour le moins étrange me croient immobile, insensible, sans mémoire et sans âme. S’ils savaient combien ils se trompent ! Mon esprit fait partie du leur aussi bien que mes atomes et quantas qui dansent avec les leurs sans qu’ils s’en aperçoivent. Ceux qu’ils appellent les animaux ont souvent une vision plus saine des choses.

Combien j’aime les petits vers de terre qui grouillent au milieu de mes racines ! Combien j’aime les fourmis et tous les insectes rampants et volants qui viennent chatouiller mon tronc! Combien j’aime les écureuils qui viennent batifoler dans mes branches et faire leur provisions de noix pour l’hiver ! Combien j’aime les oiseaux, tous les oiseaux, de toutes tailles et de tous plumages ! Ils viennent chanter à l’abri cachés dans mon feuillage. Ils viennent construire leur nids très haut à la jonction de deux grosses branches et je me réjouis du piaillement des petits qui attendent leur becquée avec impatience. Souvent je les protège de la venue des chats en secouant mes branches sous prétexte d’un coup de vent. Ne croyez pourtant pas que je n’aime pas les chats. J’adore suivre leurs jeux et leurs ébats. Ils font leurs griffes sur mon écorce et frottent leur fourrure sur mon tronc ce qui signifie qu’ils m’adorent. Les plus agiles grimpent très très haut dans mon branchage.

J’aime le vent qui chante et qui gronde. J’aime la pluie.J’aime l’orage et ses éclairs. J’aime le soleil qui réchauffe et la lune qui me fait rêver. J’aime la neige et le gel qui me décorent. J’aime le rythme des saisons qui marquent le cycle de la vie et ses contrastes salutaires.

Je conserve en moi toute la mémoire du siècle passé des hommes . Et il y en aurait beaucoup à dire sur ces cent dernières années. Dans mon petit village j’ai vu partir les jeunes hommes pour l’horrible boucherie qu’ils appellent la première guerre mondiale. Ils n’en sont pas revenus. Leurs noms sont marqués sur le monument aux morts que je peux voir et lire et relire leurs noms tous les jours de ma vie en pleurant. Le deuxième guerre mondiale a fait des héros d’un petit du village qui s’est illustré dans la résistance. Une adorable famille d’origine juive a été emmené manu militari pour finir leurs jours dans les chambres à gaz. L’explosion des bombes atomiques à marqué une frontière entre deux mondes totalement différents. Elle à même eu un impact sur mon patrimoine génétique. Depuis c’est le règne du nucléaire, des ondes magnétiques qui me traversent de part en part, de la pollution de l’air, de l’eau et du sol et surtout de l’argent roi et de la corruption rampante. Bon j’arrête là car je ne veux pas remuer le passé et le présent de ces humains à qui il faut pardonner car « ils ne savent pas ce qu’ils font. »

Heureusement que cela ne concerne que le monde des objets et des corps : que le monde du matériel et non pas celui de l’esprit. Moi noyer, vous n’avez aucune idée de ma mission dans ce monde qui est de la disperser des vibrations de pureté, de beauté et d’amour.

Publicités

À propos de chiendentbel

âgée mais éternellement jeune !

Publié le 08/01/2014, dans sérendipité. Bookmarquez ce permalien. Commentaires fermés sur Le vieux noyer.

Les commentaires sont fermés.

%d blogueurs aiment cette page :