Le défilé des visages

Léa se trouve assise sur le sable fin d’une plage face à l’immensité de l’océan quand un fil d’étendage sur lequel sont accrochés des portraits se met à défiler devant ses yeux. Elle reconnait au passage quelques visages qui correspondent à des êtres qui ont fait partie de sa vie plus ou moins longtemps, avec plus ou moins d’intensité. Le fil s’enroule ensuite sur lui même pour former une sorte de bobine qui grossit dans le lointain.

Elle se demande ce que peuvent-être les visages qui ne lui disent rien du tout à priori. Alors de petites bulles apparaissent au dessus des portraits. Ces bulles indiquent ce que le visage inconnu représente. Certains sont des visages d’une rencontre éphémère comme par exemple le visage d’un passant dans la rue avec lequel il y a eu l’échange d’un regard, ou encore du bonjour d’une caissière au supermarché, un café offert à l’électricien venu réparer votre installation, le vendeur de fruits et légumes dans un marché, paroles sur la pluie et le beau temps avec une vieille dame assise à côté de Léa dans un autobus, … . Les visages continuaient à défiler. Que de rencontres dans une vie ! Et la bobine grossit.

Défilent aussi les visages de relations avec lesquelles elle a eu des différents. Ceux qui l’ont plus ou moins trahie. Les personnes qui ne l’on pas appréciée comme elle l’aurait souhaité. Mais Léa découvre avec surprise qu’elle n’éprouve pas de réaction particulière au passage de ses portraits. Et la bobine grossit.

Ce qui étonne le plus Léa est de voir passer des visages que les bulles indiquent comme étant des auteurs de livres ou même d’articles de journaux ou de magasines qu’elle a lus. Elle conteste quelque peu la validité de l’appellation rencontre car elle n’a jamais rencontré physiquement ces auteurs. Alors défilent des artistes dont elle a admiré les peintures dans des musées, des expositions ou des galeries d’art, des musiciens dont elle a écouté et apprécié la musique ou les chansons, voire des personnages publics des médias. Et la bobine grossit.

Défilent aussi des visages dont on ne distingue que le contour. Les bulles indiquent que ce sont des connaissances purement virtuelles : les connaissances dues à internet. Celles des forums, des chats, des blogs et des réseaux sociaux. Léa trouve vraiment intéressant que l’anonymat en vogue dans le web soit respectée. Et la bobine grossit.

Devant les yeux de Lèa passent aussi des visages qu’elle reconnait bien mais dont elle ne se rappelle plus ni du nom ni du prénom ni même parfois quelle a été la nature de leur relation ! Cela chagrine un peu Léa mais dans ce cas aucune bulle ne vient assister sa mémoire défaillante. Et la bobine grossit.

La bobine recouvre presque toute la vue de la mer jusqu’à l’horizon et le défilé continue.

Mais le jour se lève et Léa sort de son rêve encore toute abasourdie et déconcertée par ce rêve si étrange. Elle n’a pas le temps de se poser la question de sa signification mais quand Léa se connecte sur son PC, elle tombe sur la théorie des degrés de séparation entre les individus qui établit le nombre d’individus relais entre une personne et toutes les autres sur terre. En 1929 celui-ci fut établi comme étant de cinq soit six degrés de séparation. Cela fut confirmé à peu de chose près ensuite par une étude des liens sur Facebook (les amis des amis des amis …). Le monde se rétrécit de plus en plus grâce aux voyages, aux communications, aux médias et aux réseaux sociaux. On pense maintenant que le degré de séparation entre les individus est réduit à trois.

Tout cela n’est que théorie. Le rêve de Léa a sans doute d’autres implications mais lesquelles ?

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À propos de chiendentbel

âgée mais éternellement jeune !

Publié le 05/02/2014, dans sérendipité. Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. tu as fait un beau rêve, quels visages resteront… au milieu de tout ça ? 🙂

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