Une journée différente

Suzette et son époux Bob ont la chance de vivre encore en couple à quatre vingt treize ans. Bien entendu à cet âge ils ont des petits problèmes de santé. Ils ne peuvent d’ailleurs guère sortir de leur appartement et restent calfeutrés dans le salon à lire et à remplir des magazines de mots fléchés. Il y a des distractions tous les jours avec les infirmières du matin, les visites du médecin, les livreurs des repas, la femme de ménage, quelques voisins qui aident pour les courses et la charmante voisine qui vient leur rendre visite pratiquement tous les soirs.

Mais ce jour là le quotidien est perturbé car Bob doit subir une opération de la cataracte. Il a fallu réserver le VSL (Véhicule Sanitaire Léger) qui doit conduire et ramener Bob de la clinique pourtant assez proche de leur domicile. Tout commence bien. Le VSL est bien là à 9 heures pour conduire Bob qui doit se présenter à la clinique à 9 heures et demi. Suzette s’est déjà informée que l’opération sous anesthésie locale sera terminée dans la mâtinée et après contrôle de l’ophtalmologiste Bob rentrera chez lui probablement vers 13 heures, 14 heures au plus tard.

Pour Suzette la mâtinée se passe donc à attendre en lisant des magazines. Elle reçoit les repas qu’elle place au frigo. Elle a prévu de téléphoner à la clinique vers midi pour savoir si l’opération s’est bien terminée. Anxieuse, elle appelle vers midi moins le quart. Et la réponse la cloue sur place :
« Nous avons cherché votre mari toute la mâtinée. Il ne s’est pas présenté chez nous. »
« Mais le VSL l »a bien pris à 9 heures pour le conduire ! Je ne comprend pas répond Suzette. Où peut-il bien être ? Je vais demander à la compagnie de taxis ce qui s’est passé. »

Suzette appelle la compagnie de taxis. Heureusement elle peut obtenir le conducteur qui lui confirme avoir déposé Bob à la clinique. Suzette s’affole mais la secrétaire de la clinique rappelle et lui dit :
« Nous avons retrouvé votre mari. Il attendait dans un autre service à l’autre bout de la clinique. Le chirurgien va effectuer l’opération immédiatement. »

Suzette est rassurée. Bob qui a appris qu’il faut être patient dans les services médicaux était resté sagement assis dans cette autre entrée de la clinique attendant que quelqu’un l’appelle et s’occupe de lui. Quand Suzette m’a confié cet incident au téléphone je n’ai pas osé lui dire que ce n’était pas Bob qui était en cause mais le conducteur du VSL qui aurait du accompagner Bob au service des entrées de la clinique et s’assurer de le remettre en bonnes mains. Suzette fait confiance à son service de taxis, ne la troublons pas trop.

Mais la journée n’était pas finie. Suzette déjeuna seule. et attendit quatorze heures pour téléphoner à la clinique. Le réponse est rassurante :
« L’opération s’est bien passée. Le VSL l’a pris en charge, il y a quelques minutes. »

Suzette est contente et elle se lance dans la lecture d’un magazine. Mais Bob n’arrive toujours pas. Une demi-heure se passe et Bob n’est toujours pas là. C’est quand même étrange se dit Suzette. Bob devrait être là depuis au moins un quart d’heure. Y aurait-il eu un accident ?

Suzette alors téléphone au service de taxis qui lui annonce que le VSL a déposé Bob au cabinet de l’ophtalmologiste pour un contrôle qui n’a pas été effectué à la clinique comme normalement vu l’heure tardive de l’opération. Suzette comprend. Le docteur devait s’occuper de ses consultations l’après midi et n’allait pas pouvoir se rendre à la clinique pour s’occuper de Bob après réveil de l’anesthésie. Là encore je n’ai pas osé critiquer la clinique qui aurait dû le lui expliquer.

Donc Suzette attend encore un peu le retour de Bob. Mais Bob enfin arrive déposé en bas de l’immeuble. Les nouvelles sont bonnes. Le résultat de l’opération est parfait. Bob dit :
« J’ai plein de gouttes qu’il faut me placer dans les yeux trois fois par jour. »
« Où est l’ordonnance ? » demande Suzette.
« Je ne l’ai pas. » répond Bob.
« Le médecin ne me l’a pas remise. »
Suzette téléphone donc au cabinet de l’ophtalmologiste et l’on lui fait savoir que l’ordonnance a été donnée directement au conducteur du VSL. Celui ci a donc oublié de la remettre à Bob à l’arrivée. Là encore le conducteur du VSL a été fautif. Connaissant les incapacités de ses clients, Il aurait du s’arrêter à une pharmacie pour s’occuper de l’ordonnance, conduire Bob jusqu’à son appartement car il lui est arrivé de tomber dans l’entrée et au moins penser à remettre l’ordonnance directement à Suzette, toutes choses que je me suis bien gardée de lui signaler.

Finalement Suzette a téléphoné une fois de plus au service de taxis. L’ordonnance lui a été rendue et la voisine a été chercher le contenu de l’ordonnance. Tout est bien qui finit bien !

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À propos de chiendentbel

âgée mais éternellement jeune !

Publié le 14/05/2014, dans vieillesse. Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. Certains patients pourraient être pucés pour qu’on puisse les suivre comme un paquet DHL.
    Pas en permanence mais en certaines occasions. Ça viendra, la demande est déjà là.

    • Cela viendra sans doute mais en même temps la privation de liberté que cela met en évidence est effrayante. La perte d’autonomie de la grande vieillesse est vraiment triste.

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