Petite princesse

Autrefois dans les campagnes à la sortie de la guerre, les instituteurs organisaient annuellement la fête de l’école communale. Il y avait à l’occasion une loterie pour apporter un peu d’argent pour acheter du matériel scolaire, pour du bois pour les poêles des classes l’hiver et pour pouvoir repeindre les murs des classes.

Adeline a quatre ans est toute petite, toute légère, toute blonde bouclée et elle chante et récite très bien. Aussi ses parents instituteurs l’utilisent dans les scènettes et chants qui sont présentés devant les villageois à cette occasion.

Contentons nous de décrire la première expérience théatrâle d’Adeline. Elle doit intervenir dans l’interprétation du chant intitulé « Trois Jeunes tambours». dont voilà le refrain :
Trois jeunes tambours s’en revenant
de guerre (bis)
Et ri et ran, ran pa ta plan.
S’en revenant de guerre.

Une vingtaine d’ enfants de la classe des petits : CP, CE1 et CE2 sont alignés au fond de la scène pour chanter ce refrain en chœur accompagnés au son de son violon par l’instituteur . La guerre signifie quelque chose pour cette petite fille qui a vécu au rythme des privations et des alertes. Trois garçonnets s’avancent sur la scène en battant sur leurs petits tambours.

Le chant se poursuit en solo par l’un d’entre eux qui porte une rose en papier crépon à sa bouche :
Le plus jeune a dans sa bouche une rose (bis)
Et ri et ran, ran pa ta plan.
Dans sa bouche une rose.

Alors les feux de la rampe se portent sur Adeline. Son père la juche sur un escabeau qui est caché sous une tour en carton au milieu de la scène avec un simulacre de fenêtre. Seul son visage souriant apparaît au public. Tous en chœeur chantent :
Fille du roi était à sa fenêtre (bis)
Et ri et ran, ran pa ta plan.
Etait à sa fenêtre.

Maintenant Adeline doit chanter son couplet et elle s’exécute avec brio de sa petite voix fluette et candide :
Joli tambour, donne-moi donc ta rose ! (bis)
Et ri et ran, ran pa ta plan.
Donne-moi donc ta rose !

C’est une première éducation de flirt je suppose.

Sur ce la tambour à la rose lui répond :
Fille du roi, donne-moi donc ton cœur, (bis)
Et ri et ran, ran pa ta plan.
Donne-moi donc ton cœur.

Et Adeline en princesse bien élevée répond :
Joli tambour, demande-le à mon père, (bis)
Et ri et ran, ran pa ta plan.
Demande-le à mon père.

Adeline au fond d’elle même proteste. Pourquoi devoir demander une autorisation paternelle pour une décision qui engage sa vie. C’est une petite féministe en herbe !

Un des plus grands garçons vêtu d’un très beau costume et d’une couronne en carton apparaît sur scène et le tambour à la rose fait sa demande :
Sire le roi, donnez-moi votre fille, (bis)
Et ri et ran, ran pa ta plan.
Donnez-moi votre fille.

Le roi répond :
Joli tambour, tu n’es pas assez riche, (bis)
Et ri et ran, ran pa ta plan.
Tu n’es pas assez riche.

Ceci pour vous éduquer dans l’importance de la richesse et des biens matériels !

Mais le tambour riposte :
J’ai trois vaisseaux dessus la mer jolie, (bis)
Et ri et ran, ran pa ta plan
Dessus la mer jolie.

L’un chargé d’or, l’autre de pierreries, (bis)
Et ri et ran, ran pa ta plan
L’autre de pierreries.

Et le troisième pour promener ma mie, (bis)
Et ri et ran, ran pa ta plan
Pour promener ma mie.

Voilà pour Adeline des perspectives de croisières qui ne sont accessibles qu’aux plus fortunés.

Le roi continue son questionnement :
Joli tambour, dis-moi quel est ton père, (bis)
Et ri et ran, ran pa ta plan
Dis-moi quel est ton père.

Ce à quoi le tambour répond :
Sire le roi, c’est le roi d’Angleterre (bis)
Et ri et ran, ran pa ta plan
C’est le roi d’Angleterre.

Le père est alors prêt à vendre sa fille aux anglais :
Joli tambour, tu auras donc ma fille (bis)
Et ri et ran, ran pa ta plan
Tu auras donc ma fille.

Pas de « happy ending ». Ce n’est pas une comédie musicale de Hollywood car le tambour claironne :
Sire le roi, je vous en remercie (bis)
Et ri et ran, ran pa ta plan
Je vous en remercie

Dans mon pays y en a de plus jolies, (bis)
Et ri et ran, ran pa ta plan
Y en a de plus jolies.

Voilà l’ego d’Adeline remis en place. Elle comprendra donc que la séduction passe par la beauté. Il faut être la plus belle. Qu’elle éducation ! Devenir une princesse n’est sans doute pas le rêve que l’on pourrait croire.

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À propos de chiendentbel

âgée mais éternellement jeune !

Publié le 04/06/2014, dans enfance. Bookmarquez ce permalien. Commentaires fermés sur Petite princesse.

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