Bis coco l’haricot

A la sortie de la guerre, Adeline habitait un appartement dans une mairie-école qui avait été reconstruite dans les restes d’un ancien château datant du XVème</ siècle. Imaginez l’épaisseur des murs ! La maman d’Adeline qui faisait la classe pour les enfants du village âgés de 5 à 9 ans pris Adeline dans sa classe dès l’âge de 2-3 ans. Adeline aimait l’école. Elle trouvait très amusant tout ce qui était proposé et écoutait activement pratiquement tous les cours sans que sa mère s’en doute.

Adeline n’avait qu’a traverser ce qui lui semblait un immense couloir pour entrer dans le devant de la classe mais elle tenait à faire comme les autres et à aller se ranger dehors sur la place devant l’entrée avec un petit cartable en carton vide.

Pourtant elle avait un gros problème de ponctualité le matin pour arriver à être prête à l’heure. Elle restait figée devant son bol d’ovomaltine. Elle détestait l’ovomaltine. Or sa maman avait décidé que l’ovomaltine était bien meilleure que le chocolat pour sa santé le matin. Elle lui faisait honte en lui répétant chaque matin que les petits chinois qui mourraient de faim seraient bien contents de le boire ce qui n’incitait guère Adeline à apprécier son déjeuner.

La maman partait accueillir ses élèves et Adeline restait assise devant son bol. La jeune fille Mireille en charge du ménage restait alors à surveiller Adeline avec pour mission de ne pas lui autoriser de bouger tant qu’elle n’aurait pas terminé son déjeuner. Adeline s’armait de courage et buvait une petite gorgée puis s’arrêtait toute dégoutée. Quelquefois il lui arrivait de vomir dans son bol. Ce n’était pas du chiqué et alors Mireille la prenait en pitié et jetait le reste du contenu du bol dans l’évier. Malgré tout Adeline arrivait quasiment tous les matins après le début de la classe.

Ce matin là Adeline comme d’habitude était en retard. Elle attrapa son petit sac de classe, sortit de la cuisine et traversa le grand couloir, ouvrit la petite porte qui donnait accès directement à côté du bureau de l’institutrice et se retrouva face à toute la classe qui se mit à croiser les doigts en criant et en riant :
« Bis coco l’haricot, Bis coco l’haricot, Bis coco l’haricot …»

Adeline 3 ans et demi ne réagit pas vraiment à cette honte commandée par sa maman. Elle continua à détester l’ovomaltine mais elle essaya désormais de faire en sorte que Mireille la débarrasse très vite de son bol pour ne plus être en retard. Quelque soixante dix ans après, elle se revoit encore entrant dans cette classe fasse à une classe hilare et si contente de crier :
« Bis coco l’haricot, Bis coco l’haricot, Bis coco l’haricot …»

placemairie1940

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À propos de chiendentbel

âgée mais éternellement jeune !

Publié le 20/06/2014, dans enfance. Bookmarquez ce permalien. Commentaires fermés sur Bis coco l’haricot.

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